Le chemin de Dieu passe par l’homme

 

 On dit que tu nous parles,

 mais je n’ai jamais entendu ta voix de mes propres oreilles.

 Les seules voix que j’entende,

 ce sont des voix fraternelles

 qui me disent les paroles essentielles.

 

 On dit que tu te manifestes,

 mais je n’ai jamais vu ton visage de mes propres yeux.

 Les seuls visages que je vois,

 ce sont des visages fraternels

 qui rient, qui pleurent et qui chantent.

 

 On dit que tu t’assoies à notre table,

 mais je n’ai jamais rompu avec toi le pain de mes propres mains.

 Les seules tables que je fréquente,

 ce sont des tables fraternelles

 où il fait bon se restaurer de joie et d’amitié.

 

 On dit que tu fais route avec nous,

 mais je ne t’ai jamais surpris à mêler tes pas à ma propre marche.

 Les seuls compagnons que je connaisse,

 ce sont des êtres fraternels

 qui partagent le vent, la pluie et le soleil.

 

 On dit que tu nous aimes,

 mais je n’ai jamais senti ta main se poser sur mes propres épaules.

 Les seules mains que j’éprouves,

 ce sont des mains fraternelles

 qui étreignent, consolent et accompagnent.

 

 On dit que tu nous sauves,

 mais je ne t’ai jamais vu intervenir dans mes propres malheurs.

 Les seuls sauveurs que je rencontre,

 ce sont des coeurs fraternels

 qui écoutent, encouragent et stimulent.

 

 Mais si c’est toi, ô mon Dieu, qui m’offres ces voix, ces visages, ces tables,

 ces compagnons, ces mains et ces coeurs fraternels,

 alors, au coeur du silence et de l’absence,

 tu deviens, par tous ces frères, parole et présence.

 

                                                                                               Jacques Musset

 

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